La conduite de projets de développement économique dans les quartiers sensibles : des métiers, des pratiques, des enjeux

Info du 22 octobre

Interview de François Ohl et Michel Berthelier, consultants en stratégies de développement économique et territorial, et animateurs des séminaires de conduite de projet du programme d'animation des développeurs économiques urbains porté par la DIV et la CDC, et animé par l'IFMO.

Qu'est-ce que représente la notion de développement économique pour les quartiers sensibles ?

François OHL :
Trop de gens n'y voient qu'une question d'insertion économique ou d'offre immobilière, voire une juxtaposition d'activités. Or c'est bien plus que cela. Le développement économique doit générer de la richesse qui profite au quartier et à ceux y habitent et y travaillent. Il doit permettre de générer des échanges de personnes, de biens, de services, de créer des emplois, dans et hors du quartier. Le projet de développement économique doit donc être partie intégrante du projet de développement du quartier, de la ville et de son agglomération.


Quelles conditions faut-il réunir pour permettre cette "porosité" et ces échanges entre le quartier et l'entreprise ?

François OHL : Il faut réfléchir et concevoir les choses en termes d'offre économique. Qu'est-ce que le quartier doit offrir aux entreprises pour qu'elles s'installent, se développent et soient remplacées par d'autres lorsque, éventuellement, elles s'en vont ? Dans ces quartiers-là, les dispositifs d'incitation type ZFU seuls ne suffisent pas. L’ensemble des acteurs s’appuient sur les ressources valorisables pou créer une offre complète : l'immobilier certes, mais aussi des services aux entrepreneurs, aux salariés et aux habitants, de l'accessibilité, de la sûreté, de la propreté, un vrai environnement économique…


Justement, quels sont  les signes tangibles d'une bonne intégration d'une entreprise dans un quartier dit sensible ?

Michel BERTHELIER : quel que soit le territoire, c'est à la densité des liens que l'entreprise entretient avec les autres acteurs du territoire, et notamment les autres entreprises, que l'on évalue la qualité de son intégration. On se souvient de l'échec de l'implantation de Ravensburger à Chalon-sur-Saône. L'entreprise n'avait pas pu – ou su – développer des relations, notamment de sous-traitance, avec les entreprises du territoire. Elle a rapatrié ses activités de production en Allemagne et en République Tchèque. L'intégration, c'est l'ancrage. L'ancrage, c'est le lien.


Et, en termes de conduite de projet, quels sont les ingrédients à réunir ?

Michel BERTHELIER : Il y a d'abord des barrières à faire tomber, et une culture commune à créer ! Trop souvent, les projets de développement économique des quartiers sensibles sont dissociés du projet de développement économique local global. Les premiers sont conduits par des professionnels de la politique de la ville, les autres par des professionnels du développement économique. Et je ne suis pas sûr que ces gens-là se parlent très souvent !

On ne résoudra rien en misant simplement sur le développement économique endogène des quartiers, surtout avec la récession économique qui se profile. On ne fera que renforcer les ghettos.


Concrètement, quelle méthode mettre en place ?

François OHL :
Il faut concevoir une stratégie de développement économique à la hauteur des enjeux globaux, et qui intègre les quartiers dits "sensibles" comme les autres quartiers du territoire, producteurs de ressources. Puis, il faut faire partager cette vision par l’ensemble des acteurs, grâce à une conduite de projet partenariale. Déterminer une stratégie foncière et immobilière, c'est certes de la responsabilité de la collectivité locale, mais pourquoi ne pas y associer les partenaires économiques locaux ? Partager une stratégie, puis se mettre d'accord sur les processus de révélation et d’utilisation des ressources, sur un plan d'actions partagé, à mettre en œuvre en réseau…