chef de projet ZFU : un métier, des pratiques, des enjeux

Info du 30 avril

Interview de Sabine Thibaud, chargée de mission développement économique et emploi à la DIV, et Rose Meunier, responsable des programmes territoriaux à la CDC.

Chef de projet ZFU, c'est un métier ou une fonction ?

 

Rose Meunier :  Je dirai plutôt une fonction, dans la mesure où l'on est dans l'incapacité d'établir un profil-type précis. Les activités des chefs de projet ZFU varient en fonction des organisations et des objectifs locaux. Cela étant, ce qui est commun à l'ensemble de ces professionnels, c'est la posture dans laquelle il leur est demandé de se placer. Il s'agit, pour eux, de "se mettre du côté des entreprises", et d'appréhender le territoire comme les entreprises le feraient, en se posant les questions suivantes : qu'est-ce qui peut attirer les entreprises ici ? de quoi ont-elles besoin pour rester et se développer ?

Sur ces territoires en difficulté, les interventions sont longtemps restées uniquement publiques. Il faut y faire en sorte que l'initiative privée s'y développe sous tous ses formes. La revalorisation de ces quartiers ne peut pas être le seul fait des acteurs publics. C'est une approche nouvelle pour eux. 

 

Sabine Thibaud :  ... et une opportunité pour les chefs de projet ZFU ! Ils doivent jouer ce rôle de passerelle entre le public et le privé, et venir soutenir les initiatives collectives, privées ou public-privé, qui ne manquent pas d'émerger dans les quartiers. Je pense par exemple à l'expérience de cette association de chefs d'entreprise qui, à Mulhouse, a mis en place une plateforme de services aux salariés et aux habitants des quartiers… L'organisation de réseaux, de coopérations est une mission essentielle des chefs de projet ZFU pour produire de l'activité économique et de l'emploi local.

 

C'est une fonction très spécifique. Ces professionnels arrivent-ils à situer leur action dans une démarche de développement territorial plus large ?

 

Sabine Thibaud :  Lors d'une enquête menée en 2006, de nombreux chefs de projet ZFU regrettaient de n'être pas assez impliqués dans la mise en œuvre de la stratégie économique de leur commune ou de leur agglomération. C'est regrettable, car, au-delà de leur fonction, la finalité de leur mission est bien de contribuer à "replacer" le quartier dans l'espace économique global, et d'inscrire la question du développement économique dans le projet urbain.

 

Comment leur mission s'articule-t-elle avec celles de leurs collègues, en charge des projets de rénovation urbaine ? 

 

Sabine Thibaud :  Les chefs de projet ZFU doivent évidemment pouvoir apporter toute la connaissance qu'ils ont des entreprises et de leurs besoins pour développer le volet économique des projets de rénovation urbaine. Mais là aussi, on constate que leurs compétences ne sont pas toujours mobilisées de manière optimale. Les compétences économiques et urbaines restent assez "cloisonnées".    

 

Rose Meunier :  Sur ces sujets, il est essentiel de s'inscrire dans une logique de projet. C'est d'ailleurs pour cela que nous avons ouvert le programme d'animation des développeurs économiques urbains à tous les professionnels de la ville. Il faut que la question du développement économique devienne transversale, que l'ensemble des acteurs se l'approprie.